Souvenir
En pénétrant pour la première fois dans l’atelier du potier, une sensation immédiate s’impose, l’odeur de l’argile ainsi qu’une certaine humidité chargée d’arômes due à l’évaporation de l’eau dans les objets qui se reprennent, voire qui sèchent complètement et, si, à ce moment-là, il n’y a personne à la tâche…
Au-delà des parfums, l’environnement se révèle autour de la roue de bois, le tour ! Il y a des étagères en bois, les planches en bois, la table de malaxage en bois.
Le mur au-dessus du plan de table est constellé de petites parcelles d’argile qui se superposent, créant une croûte au fur et à mesure des pétrissages préalables, nécessaires avant le pesage ou le modelage, essentiels pour la régularité du tournage des formes.
Souvenir
La table à battre. Un étal de bois épais, stable et robuste car sur celui-ci, il faut élaborer une forte gestuelle dans la manipulation de la masse de terre, extirpée d’une jarre à couvercle de quarante litres, poreuse et humide car l’argile est conservée sous une couche de toile de jute imbibée d’eau.
Le processus consiste à malaxer une quinzaine de kilos d’argile censée être encombrée de micro-bulles d’air.
Après frappage par soulèvement de la masse, au-dessus de la table et retombée lourde par basculement d’un côté à l’autre, se forme un parallélépipède cubique et là, les deux mains superposées, pousser devant soi avec pressions des vagues d’argile sur la face supérieure de la masse, dans le sens de la lecture de gauche à droite, écouter au fur et à mesure, éclater les bulles d’air, par ce faire, la forme du bloc s’étale.
Alors il faut le découper par l’arrière, le dresser à la verticale et le pivoter d’un quart de tour dans le sens du mouvement des aiguilles d’une montre, le faire basculer sur la gauche en veillant qu’il déborde d’un tiers de sa largeur à l’avant de la table. Là, il faut couper avec le fil en se guidant sur le rebord de la table.
La cuisse retient le morceau, le fil est rapidement posé à droite ou n’importe où à dispos.
Le morceau coupé doit alors être habilement frappé en veillant à ce que les deux faces coupées se superposent. Mais il faut frapper fort de façon à ce que les petites particules soient projetées sur le mur en fond de table sinon cela pique les cuisses.
Puis, de nouveau joindre les mains l’une sur l’autre et reformer les vagues d’écrasement. Par cette répétition cyclique, homogénéiser la masse de terre.
Cela représente le premier grand effort de concentration entraînant par la répétition des gestes, une cinquantaine de fois de suite, jusqu’à une bonne densité et un bel aspect de la matière, comme récompense de tous ces efforts.
C’est alors qu’arrive le moment de la découpe en portions et de la pesée pour envisager un certain nombre d’objets de même forme, de même taille et diamètre. Le tournage par série l’exige.